| LES ALLERGIES
ALIMENTAIRES
Vous êtes de plus en plus
nombreux à nous écrire au sujet des allergies alimentaires. Les
petits problèmes qu'elles occasionnent peuvent rendre la vie quotidienne
insupportable et les repas problématiques. Nous avons donc
interviewé une charmante diététicienne afin de faire le
point sur ces allergies et répondre aux questions les plus courantes
à leur sujet...
Entretien avec
Aurélie, diététicienne à Lille (59)
Qu'est-ce qu'une
allergie alimentaire?
"L'allergie alimentaire entraîne une réaction du
système immunitaire déclenchée par la consommation d'un
aliment ou d'un additif alimentaire. Il ne suffit quelquefois que d'une petite
quantité de l'aliment ou de l'additif pour provoquer la réaction.
Celle-ci peut aussi survenir très soudainement et entraîner des
conséquences graves, au point de mettre la vie en danger. Cette violente
réaction porte le nom de choc anaphylactique (réaction
allergique grave susceptible d'entraîner la mort en l'absence de
traitement).
Il arrive souvent qu'un enfant doive manger un aliment plus d'une fois avant
que les parents ne décèlent l'allergie. Par exemple, si un enfant
est allergique aux noix, il n'aura probablement aucune réaction la
première fois qu'il en mangera. Mais s'il développe une allergie
à cet aliment, les ingestions subséquentes peuvent être
graves, voire fatales. La première réaction allergique est en
fait un signal d'avertissement. Cela vaut pour les noix et pour de nombreuses
autres substances très allergènes."
Qui est-à
risque?
" Les allergies alimentaires peuvent apparaître à
n'importe quel âge mais les vraies allergies alimentaires sont plus
courantes chez le nourrisson et le jeune enfant car elles sont liées au
développement lent des tissus des muqueuses chez les tout-petits. A
mesure que l'enfant grandit, la membrane des muqueuses se développe et
peut permettre à l'enfant de vaincre son allergie. La fréquence
de ce type d'allergies diminue avec l'âge.
Les enfants dont les parents ont des antécédents d'allergies
alimentaires ont tendance à avoir plus d'allergies. Chez les jeunes
enfants, les aliments qui le plus souvent causent des allergies sont le lait,
les oeufs, le blé et les arachides. Chez les enfants plus
âgés et chez les adultes, les allergies les plus courantes sont
dues aux arachides et aux crustacés.
Environ 1% des adultes souffrent d'allergies alimentaires. Un allergologue a
découvert que sur 23 personnes qui pensaient souffrir d'allergies
alimentaires, seulement 4 en étaient vraiment atteintes. "
Sont-elles irréversibles ?
"Les enfants qui souffrent d'allergies alimentaires devraient
être réévalués périodiquement. En
grandissant, leurs allergies peuvent disparaître ne nécessitant
plus de régime adapté, surtout si celles-ci se manifestent avant
l'âge de trois ans. Cependant, certaines allergies, aux noix et au
poisson par exemple, ont peu de chance de
disparaître."
Qu'est-ce qu'une allergie croisée ?
"L'allergie croisée la plus fréquente associe une
allergie aux pollens d'arbre (bouleau, noisetier, aune, charme) et une allergie
alimentaire à certains fruits et légumes.
- Bouleau et pomme, plus rarement pêche, abricot, cerise.
- Bouleau, armoise avec pomme, carotte et pomme de terre.
- Pollens de graminés avec tomate et/ou cacahuète.
- Le lupin (lupinus albus) récemment proposé comme additif
de la farine de blé. Allergie croisée arachide-lupin.
- Latex avec banane, chataigne, kiwi ou avocat."
Quelles
sont les allergies les plus fréquentes ?
"Les allergènes supposés être les plus
fréquents sont : l'arachide, les ufs, les poissons, les
protéines de lait de vache, le soja, les crevettes et autres
crustacés, le céleri et autres ombellifères, la farine de
blé et le seigle, les fruits (dont l'orange, la pomme, le kiwi et la
banane), la levure de bière et de boulanger, les noisettes et les noix,
la tomate. "
Quelles
sont les allergies les plus dangereuses ?
"Six allergènes sont supposés être à la
fois plus fréquents et les plus graves : l'arachide, les crevettes, le
lait, les ufs, les poissons et le soja.
L'allergie alimentaire correspond à une symptomatologie clinique
variée. La liste des manifestations est très longue.
On peut citer : les manifestations mettant en cause le pronostic vital comme
les chocs anaphylactiques (parfois mortels), certaines crises d'asthme et
certains oedèmes de Quincke graves, mais aussi l'urticaire et la
dermatite atopique (eczéma du nourrisson), la rhinite et
l'asthme plus banal, l'dème des lèvres, le prurit
(démangeaisons, sorte d'eczéma, d'urticaire)de la
cavité buccale, l'aphtose (aphtes), les douleurs
abdominales, la diarrhée et les vomissements."
Pourquoi ces aliments provoquent-ils des allergies
?
"Pour des raisons encore inconnues, le système de
défense de la personne souffrant d'allergies considère
menaçantes des substances qui sont inoffensives. Donc, il y a activation
du système de défense lors de la première exposition
à l'allergène, par exemple lors de l'ingestion de l'aliment en
cause.
Cette étape, qu'on appelle sensibilisation, se développe plus ou
moins rapidement chez l'individu sensible et dépend de plusieurs
facteurs : son bagage héréditaire, son âge au moment de
l'exposition, la quantité d'aliments ingérée
Elle donne lieu à une production d'anticorps particuliers,
appelés Immunoglobulines de type E (IgE). Une fois formés,
ceux-ci ont la propriété spécifique d'aller se fixer
à la surface des mastocytes, cellules situées sur la paroi des
muqueuses et qui contiennent ou fabriquent les médiateurs de
l'allergie.
Après la sensibilisation, s'il y a une seconde exposition à
l'aliment allergène, ce dernier réagira avec les anticorps
spécifiques aux IgE présents à la surface des mastocytes
des muqueuses. Cette réaction antigène-anticorps
entraînera, à l'intérieur de la cellule, de nombreuses
réactions biochimiques conduisant à la libération de
médiateurs. Certains sont libérés dans les minutes qui
suivent le contact et sont responsables de symptômes immédiats,
alors que d'autres sont fabriqués par les cellules et entraîneront
une réponse inflammatoire importante ; les symptômes peuvent
persister pendant des heures et des jours après le contact.
"
Peut-on
s'assurer qu'il n'y ait pas d'aliments allergéniques dans les petits
pots et les plats préparés pour enfants ?
"Pour éviter toute réaction alimentaire, il faut
reconnaître les aliments à risque. Pour cela, il faut être
attentif aux étiquettes ou lire la liste d'ingrédients
présente sur les emballages des produits alimentaires. De toutes
façons, le risque de retrouver votre allergène dans l'aliment est
réduit, mais non absent. Il ne faut pas hésiter à demander
aux responsables des établissements du secteur alimentaire quels sont
les ingrédients utilisés dans les préparations des mets;
ils ont la responsabilité d'informer les clients qui en font la
demande."
Le lait
de substitution convient-il à un enfant allergique au lait de vache ?
"Il existe plusieurs substituts au lait de vache. Mais plutôt
que d'en choisir un par vous-même, demandez conseil à votre
pédiatre !
- tout d'abord, le lait maternel reste le meilleur aliment pour votre
enfant. Il est donc conseillé d'allaiter si possible et le plus
longtemps possible.
- ensuite, il y a les laits hypoallergéniques, dits laits "
H.A ", dans lesquels une hydrolyse partielle des protéines diminue
leurs propriétés allergisantes. Leur utilisation exclusive durant
les 4 premiers mois de la vie réduit, dans les familles à risque,
l'incidence des intolérances aux protéines du lait de vache et de
l'eczéma atopique. On les propose aussi en complément de
l'allaitement maternel quand une supplémentation très temporaire
s'avère nécessaire, pour éviter les accidents allergiques
de type I au moment du sevrage.
Les différentes marques de laits hypoallergéniques sont : Alma
HA, Aptamil HA, Guigoz HA, Nidal HA, Enfamil HA, Gallia HA, Milumel
hypoantigènique.
- il existe aussi des substituts du lait à base d'hydrolysats de
protéines dans lesquels l'hydrolyse beaucoup plus poussée des
protéines aboutit à des peptides (nombre restreint d'acides
aminés) de petit poids moléculaire, ce qui distingue ces
substituts des laits hypoallergéniques.
Ils sont pour la plupart dépourvus de lactose et réservés
à des indications thérapeutiques très précises :
intolérance aux protéines du lait de vache, réalimentation
après diarrhées graves ou survenant avant l'âge de 3 mois,
excisions étendues du grêle...
Parmi ces produits, on peut citer l'Alfare, le Galliagène Progress, le
Nutramigen, le Pepti-junior, le Prégestimil, le Prégomine.
- les préparations à base de soja sont très
utilisées en Amérique du Nord avec l'argument très
discutable d'un risque allergique moindre que les laits d'origine bovine, elles
sont peu utilisées en France. Elles répondent également au
désir tout aussi discutable de certaines mères de limiter les
produits d'origine animale, en particulier bovine.
Grâce à des exigences règlementaires spécifiques
(teneurs garanties en méthionine, carnitine, fer, zinc, vitamine D,
etc.), les préparations pour nourrissons et les préparations de
suite aujourd'hui commercialisées (Modilac-soja, Prosobée,
Gallia-soja, Végélact, Végébaby, Nutrilon-soja)
répondent indiscutablement aux besoins nutritionnels du nourrisson et de
l'enfant en bas-âge.
Le risque serait de croire qu'il en est de même de tous les " faux
laitages " à base de soja commercialisés dans les grandes
surfaces qui exposent à des carences s'ils sont utilisés chez le
jeune enfant comme substituts du lait et des laitages.
En cas d'allergie au lait de vache, il est recommandé de ne pas utiliser
les préparations à base de soja, les allergies croisées ne
semblant pas rares. Le lait de chèvre est souvent utilisé pour
remplacer le lait de vache. Cependant, les composantes du lait de
chèvre, comme celles de tout autre animal produisant du lait mammaire,
sont similaires à celles du lait de vache et peuvent parfois provoquer
des réactions allergiques."
Si un
enfant est allergique au lait de vache, où trouver le calcium
nécessaire à sa croissance ?
"Il existe des fromages de brebis et de chèvre plus gras que
ceux de vache. On distingue les fromages à moisissures internes tel que
le roquefort (lait de brebis) et les fromages à croûte naturelle
fabriqués avec du lait de chèvre (chabichou, crottin de
Chavignol, Saint-Marcelin, Sainte-Maure) ou avec du lait de brebis (bruccio).
Le roquefort contient 700mg de calcium pour 100g. Le lait de brebis en contient
230mg, et le lait de chèvre 146mg (comme le lait
maternel)."
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